La publication, le 25 mars 2026, par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) de son article : « Cadmium : agir dès à présent à la source de la contamination des sols » a replacé au premier plan la question des leviers agronomiques mobilisables directement au champ pour réduire le transfert du métal vers les cultures. L’agence d’Etat préconise principalement comme levier de réduire l’introduction de cadmium dans la fertilisation phosphatée avec un seuil maximum de 2g par hectare et par an. Cependant cette démarche ne résoudra pas la problématique a court terme, sachant que l’essentiel du stock de cadmium présent dans les sols est hérité des pratiques précédentes et qu’une partie de cet élément trace métallique provient naturellement des sols eux-mêmes.

Un agriculteur bêche son sol pour analyser sa fertilité. La littérature scientifique récente explore plusieurs stratégies dites de « conditionnement du sol », qui visent non pas à éliminer le cadmium présent dans le sol, mais à en réduire la biodisponibilité et donc l’absorption par les plantes.

Réduire l’absorption

Dans ce contexte, la littérature scientifique récente explore plusieurs stratégies dites de « conditionnement du sol », qui visent non pas à éliminer le cadmium présent dans le sol, mais à en réduire la biodisponibilité et donc l’absorption par les plantes. Parmi ces pistes, le contrôle du pH, les apports de cations bivalents, ainsi que l’utilisation de silicium, de sélénium ou de biochar constituent aujourd’hui des pistes prometteuses. Ces solutions restent toutefois, pour une large part, à un stade exploratoire ou dépendantes de conditions pédoclimatiques spécifiques.

Réguler le pH

Le pilotage du pH du sol, est identifié comme un déterminant majeur de la biodisponibilité du cadmium. Les travaux compilés dans la revue scientifique Plant science (août 2025) indiquent que des niveaux de pH inférieurs à 6,5 augmentent la disponibilité du cadmium et son absorption par les racines, du fait d’une moindre adsorption du métal sur les sites de fixation du sol. L’élévation du pH par des amendements alcalins, notamment la chaux ou certains matériaux carbonatés, est ainsi associée à une réduction de la biodisponibilité du cadmium. Des méta-analyses citées dans l’article font état d’une diminution moyenne des teneurs en cadmium de 45,2 % dans les parties aériennes et de 51,4 % dans les grains pour certaines cultures, notamment le riz.

Micronutrition

La seconde piste repose sur l’apport de cations bivalents, en particulier le zinc, le fer, le manganèse ou le magnésium. Le mécanisme repose sur une compétition directe entre ces éléments nutritifs et le cadmium pour les sites de fixation dans le sol et pour les transporteurs racinaires responsables de l’absorption des cations. Lorsque ces nutriments sont déficitaires, l’absorption de cadmium peut augmenter, ce qui explique l’intérêt d’un pilotage nutritionnel ciblé et donc de la micronutrition. Agir sur ce levier est doublement gagnant puisque la levée des carences pour les plantes est aussi bénéfique pour le rendement. Le silicium et le sélénium ont aussi montré des effets probants pour réduire l’absorption du cadmium par les cultures.

Biochar

L’apport de biochar (un charbon issu de différentes sources de matières organiques et dédié à l’amendement des sols) constitue une autre piste pour réduire la biodisponibilité du cadmium dans les sols. L’efficacité repose sur la capacité du biochar à former des complexes insolubles avec le cadmium et à augmenter le pH du sol, deux processus qui limitent l’absorption du métal par les racines. Une synthèse de 21 études mentionnée dans Plant Science indique ainsi une diminution moyenne de 40 % de l’absorption de cadmium par les plantes après incorporation de biochar au sol, ce qui confirme l’existence d’un effet potentiel dans certaines situations pédoclimatiques.

Produire les références

Outre la réduction des teneurs de cadmium dans les engrais, il apparaît que le secteur agricole n’est pas totalement impuissant pour mieux contrôler les teneurs en cadmium dans les produits végétaux. Cependant, les pistes évoquées doivent encore faire leurs preuves sur le terrain avec acquisition de références techniques solides pour pouvoir être déployées à grande échelle.

Alexis Dufumier