Vache limousine avec de belles cornes et un regard doux.

L’élevage bovin trouve de nouvelles lignes de défense soutenues par plusieurs scientifiques.

L’élevage des ruminants ne serait-il pas devenu un bouc émissaire pour détourner habilement l’attention face aux grands enjeux environnementaux qui s’imposent à nous ? C’est en tout cas la thèse défendue aujourd’hui par différents agronomes en riposte aux attaques qui se multiplient autour de la filière. Pendant que l’on se préoccupe des éructations méthanogènes des vaches, on oublierait ainsi de se questionner sur les consommations d’énergie fossile, l’artificialisation des sols et des espaces, ou sur d’autres déséquilibres en élevage comme l’alimentation des porcs et des volailles à grand renfort de soja importé et de céréales.

Vaches normandes et pommiers en fleurs Francis Bucaille, établit le rôle écologique des ruminants et sa capacité à valoriser des ressources herbacées qui n’entrent pas en compétition avec ce que peuvent manger les êtres humains.

Un rôle écologique

Francis Bucaille réclame ainsi « un procès équitable » pour la viande bovine, dans son livre « Viande et climat – Pour un procès équitable », publié en février 2026. Il examine de manière systématique les principaux griefs adressés à l’élevage, notamment les émissions de méthane, l’usage des terres et de l’eau, la biodiversité ou la santé humaine. L’auteur y mobilise des données scientifiques et des observations de terrain pour proposer « une lecture nuancée et loin des caricatures » et défendre l’idée qu’il convient de déterminer « la meilleure place possible pour les animaux dans nos champs et pour la viande dans nos assiettes ». Il y établit le rôle écologique des ruminants et sa capacité à valoriser des ressources herbacées qui n’entrent pas en compétition avec ce que peuvent manger les êtres humains. Il propose dans un second ouvrage plus approfondi, «  Viande rouge, climat et solution », des pistes techniques et des stratégies alimentaires concrètes visant à rendre l’élevage compatible avec un développement agricole durable, en particulier dans des systèmes fondés sur les prairies.

" Pendant que l’on se préoccupe des éructations méthanogènes des vaches, on oublierait ainsi de se questionner sur les consommations d’énergie fossile, l’artificialisation des sols et des espaces, ou sur d’autres déséquilibres en élevage comme l’alimentation des porcs et des volailles à grand renfort de soja importé et de céréales."

Pour une évaluation plus objective

L’ouvrage collectif *L’élevage pour l’agroécologie et une alimentation durable*, coordonné notamment par l’agronome et chercheuse Marie-Pierre Ellies-Oury, analyse explicitement les contributions de l’élevage aux systèmes agricoles, en intégrant à la fois ses impacts et ses externalités positives. Les auteurs y rappellent que, malgré les critiques environnementales ou sociétales, l’élevage assure une diversité de fonctions économiques, sociales et écologiques, et que ces dimensions doivent être intégrées dans l’évaluation des politiques agricoles et alimentaires. Sur le plan nutritionnel, les auteurs insistent également sur la densité nutritionnelle des produits animaux et sur leur rôle dans les régimes alimentaires.

 

 

Rouvrir le débat

Publiée début avril dans le « Club » de Mediapart , la tribune « De quoi la croisade anti-viande et anti-élevage est-elle le nom ? », complète la riposte. Elle constitue un texte collectif porté par un groupe pluridisciplinaire d’environ une vingtaine de signataires, comprenant des scientifiques, des professionnels de santé et des agronomes. Cette contribution vise explicitement à « rouvrir le débat » sur la place de la viande et de l’élevage dans les politiques publiques alimentaires et environnementales.